Backmail - Chantage - Hitchcock - 1929
noir & blanc - 81 minutes
scène & réalisation: Alfred Hitchcock
musique: Campbell & Connelly
"Chantage" est le premier film anglais entièrement parlant, d'ailleurs, Hitchcock a volontairement conservé les premières scènes muettes de son film, sans les retoucher, après l'arrivée du parlant. Malgré l'absence de dialogue, elles tiennent le spectateur en haleine: deux hommes qu'on devine être des policiers forcent une porte, montent un escalier, ouvre une seconde porte avec précaution et pénètre dans la chambre d'un suspect. Ce dernier leur fait face, le visage et le haut du corps entièrement dissimulé derrière un journal. Il fait mine de ne pas les avoir entendu entrer. S'en suit alors un moment d'attente pendant lequel la caméra nous montre successivement l'homme de face lisant son journal et les deux policiers visiblement en alerte. L'homme tente alors très lentement de s'emparer d'un pistolet, posé sur un meuble à côté de lui, sans se défaire de son journal. A ce moment-là, les deux policiers se précipitent sur lui et l'emmènent de force à Scotland Yard.
On se laisse facilement prendre à cette histoire de chantage qui réserve de bons moments de suspens. Alice White est fiancée à Franck, l'un des policiers de la scène d'ouverture. Par naïveté, elle se laisse convaincre par un artiste peintre qu'elle connaît à peine de monter chez lui. Après avoir longuement hésité, elle accepte l'invitaton. Il lui propose alors d'enfiler un tutu suspendu au mur et de la peindre. Il essaie ensuite d'abuser d'elle. La scène, assez courte, est tournée avec beaucoup de pudeur. L'agression n'est pas montrée, mais uniquement suggérée par des jeux d'ombres et des mouvements de rideau et les cris de la jeune femme. Il en va de même pour la scène dans laquelle Alice tue son agresseur en état de légitime défense. On voit simplement sa main se glisser dans l'embrasure du rideau et se saisir d'un couteau, posé sur un meuble. Le cadavre n'est pas montré non plus. C'est aux gestes lents et désorientés d'Alice dans la scène suivante qu'on devine qu'il y a eu meurtre. Alice quitte l'appartement avec précaution et s'enfonce dans la nuit, hantée par son crime.
Franck est chargé de l'enquête et retrouve , à sa grande surprise, dans l'appartement du défunt, un des gants de sa fiancée. Il se précipite chez ses parents. Au moment où il tente de l'interroger sur les évènements de la veille, un inconnu se présente, interrompant leur conversation. L'homme se révèle être un maître-chanteur: témoin du meurtre, il entend bien profiter de la situation...
Ce film se veut concis, efficace et sans temps mort. On n'a ni le temps, ni même l'opportunité de s'ennuyer. En plus de l'histoire, j'ai particulièrement apprécié deux petites choses.
1°- Le film est construit en boucle. La scène finale est presque la même que celle qui suit les scènes d'ouverture muettes: mêmes personnages, même cadre spatial...seule l'atmosphère a changé...
2°- L'apparition du réalisateur, au début du film, est des plus comiques. Il apparaît, en effet de face, assis dans un train, derrière Alice et Franck qui se rendent au restaurant. Alors qu'il lit tranquillement son journal, un petit garçon le taquine et rabat son chapeau sur ses yeux. Le réalisateur, devenu brièvement personnage, essaie de se défendre comme il peut.

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