Voici le résumé d'une nouvelle d'un auteur contemporain que j'ai eu le plaisir de découvrir et de lire cette semaine. De mon point de vue, c'est un vrai bijou. C'est très bien écrit, ça se lit très vite, et même si on n'apprécie pas particulièrement les récits fantastiques, ccette nouvelle ne peut laisser complètement insensible. Je n'ai pas aimé tout de suite. Il m'a fallu quelques minutes de réflexion après la dernière ligne pour vraiment apprécier et comprendre ce que je venais de lire. Mais une fois cette petite hésitation passée, j'ai adoré, au point de me demander si je ne vais pas acheter le recueil de nouvelles complet. Et je ne désespère pas de convaincre d'autres personnes d'en faire autant! Allez! Je me lance!
Les Confidents fait partie de ces nouvelles qui laissent le lecteur surpris, intrigué et rêveur...
Il est comme transporté, malgré lui, l'espèce de quelques pages, dans un univers atemporel, entre le réel et l'imaginaire: celui d'un rêve. Le rêve d'une femme, qui l'entraîne dans un voyage, à la fois extatique et destructeur.
La comtesse Beata Désidério se réveille un matin après avoir fait un rêve étrange. Un pays qui ressemble à l'Espagne ou à l'Italie. Deux hommes inconnus aux visages masqués par des loups vénitiens s'élancent vers une église. A l'intérieur, la destruction d'un pilier et de la statue d'un saint. A l'extérieur, sur le parvis, un fiacre dans lequel on devine une femme sublime. Un chat qui miaule.
Dès lors, la comtesse reste hantée par ce rêve, au point de chercher continuellement à le faire revivre, d'abord grâce à des représentations picturales, puis à le revivre elle-même. Elle s'isole peu à peu du monde extérieur, se prive de nourriture. Ce rêve bouleversant devient son seul refuge et bientôt sa seule raison de vivre...ou de mourir. Elle cherche désespérément à faire s'unir rêve et réalité.
Une nuit, enfin, son voeu est exaucé. Elle refait le même rêve dont elle est, cette fois-ci, personnage. Elle s'apparaît à elle-même sous les traits de la créature énigmatique et superbe dans le fiacre. Elle fait la connaissance des deux hommes qui lui semblent alors si familiers, bien que complètement inconnus. Elle revoit le chat, pénètre dans l'église et se livre au sacrilège: elle entaille elle-même la statue du saint avec un poignard, non sans une profonde jouissance...
Le lendemain, la comtesse est retrouvée paisiblement allongée sur le dos, plus belle que jamais. A la main, elle tient encore le fameux poignard. Elle s'est suicidée dans son sommeil, s'entaillant le cou et la poitrine...
Les Confidents dans Petites Mécaniques de Philippe Claudel

Un autre de mes poèmes "chouchous"

Une allégorie de la poésie sous les traits d'une femme, décrite à la frontière entre rêve et réalité, entre présence et absence...
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seul, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse?- Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

